Contre la discrimination des jeunes à l’embauche, allons-y franchement !

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534687-le-ministre-de-la-ville-francois-lamy-et-la-jeune-signataire-d-un-contrat-d-emploi-franc-le-10-juillMarseille, 10 juillet 2013 : la lutte contre le chômage des jeunes continue, avec la signature du premier contrat « emploi franc »
[Photo : Boris Horvat, AFP]


Dis-moi où tu habites, je te dirai ce que tu vaux sur le marché de l’emploi

C’est un « effet de quartier », dit-on.
Il est une corrélation entre lieu de résidence et accès au marché de l’emploi. Comme le soulignent les études conduites par l’Observatoire national des Zones urbaines sensibles, la discrimination territoriale à l’embauche est réelle, et serait le produit de plusieurs facteurs, comme l’éloignement entre lieu d’habitation et emploi disponible, les effets de voisinage, de pairs et de réseaux sociaux liés à la composition sociodémographique du territoire, l’octroi d’aménités locales influençant le dynamisme du territoire, et les préférences, assumées ou non, des employeurs quant au lieu de résidence des candidats.

 

Des emplois francs pour faciliter l’insertion des jeunes issus de ZUS

Afin de dynamiser les zones d’emploi les plus déficitaires, nos gouvernements successifs se sont mobilisés. Au panorama des aides à l’embauche vient se greffer le dispositif « emplois francs ». Il serait, aux dires du ministère, « à la fois un outil de lutte contre le chômage des jeunes et un instrument de lutte contre la discrimination à l’adresse dont les jeunes des quartiers populaires peuvent être victimes.»

Institué à titre expérimental pour une durée de trois ans au sein de plusieurs communes particulièrement touchées par le chômage, le dispositif permettrait de faciliter l’insertion professionnelle des jeunes issus de quartiers dits sensibles en encourageant les entreprises du secteur marchand à les embaucher.

Car il est bon d’éviter que quelque entreprise peu scrupuleuse y voit se dessiner la silhouette d’une vache à lait, le décret n° 2013-549 du 26 juin 2013 relatif à l’expérimentation d’emplois francs précise que le dispositif ne peut être cumulable, pour le même salarié, avec quelque autre aide de l’Etat. Il est en outre stipulé que l’employeur ne doit avoir, au cours des six mois précédant l’embauche, licencié pour motif économique un employé occupant le poste à pourvoir.
Pour bénéficier de l’aide forfaitaire d’un montant de 5 000 euros, l’employeur devra s’engager à embaucher un jeune en CDI et à temps complet et à le maintenir dans ses rangs pendant au moins deux ans.

 

N’est éligible qui veut !

Le candidat se devra de remplir certaines conditions. Tout d’abord, en termes d’âge, devant avoir moins de trente ans. Ensuite, en termes de lieu de résidence, devant habiter en zone urbaine sensible (ZUS) depuis au moins six mois consécutifs. Enfin, en termes de statut, devant faire état d’une durée de douze mois minimum de recherche d’emploi au cours des dix-huit derniers mois. Qu’importe, en revanche, son niveau d’études et de qualification.

C’est la ville de Marseille qui ouvre le bal

Si la cité phocéenne compte moins de jeunes que d’autres communes comparables, ils y rencontrent plus de difficultés. 19,4% des 15-29 ans sont sans diplôme, 13,6% sont inactifs et 21,1% sont au chômage[1], taux grimpant jusqu’à près de 70% dans certains quartiers sensibles. A Marseille, trois entreprises se sont lancées dans l’aventure des « emplois francs ». Parmi elles, une société d’assurance, un opérateur de téléphonie dédié aux professionnels et un institut de formation linguistique. En suivront d’autres, 450 contrats devraient y être signés dans les trois ans.

Pour François Lamy, ministre délégué à la ville auprès de la ministre de l’Egalité des territoires et du logement, présent ce mercredi lors de la signature du premier emploi franc dans le quartier des Docks de Marseille, ce dispositif devrait permettre de lutter contre la « discrimination à l’adresse » qui n’est «pas évaluable, pas palpable, […] mais qui existe ».
L’équipe de Nos Quartiers ont des Talents, représentée par Blanche Turner et Olivier Fournier en charge du développement des partenariats public/privé, était d’ailleurs présente.


Discrimination positive
, mais discrimination toujours

Reste à considérer la question de la discrimination qui, si elle est « positive », demeure.
Alors que tendre la main revient parfois à montrer du doigt,  n’y a-t-il donc pas un risque de renforcer la stigmatisation de ces jeunes issus de quartiers réputés difficiles ?

Comme le disait le sociologue Jean-François Amadieu, « on ne peut réduire un candidat à une particularité ». Dès lors que les motifs d’embauche ne reposent pas sur les seules compétences du candidat – savoir-être comme savoir-faire – mais sur son origine géographique ouvrant la perspective d’une compensation financière, il est fort à parier que l’on en vienne à douter de la légitimité du nouvel employé. Alors, certainement lui faudra-t-il être appliqué, efficace, exemplaire. Certainement lui faudra-t-il tolérer les sourires et faire taire les sarcasmes à coups de bons résultats, et asseoir sa légitimité face à ses pairs.

Se pose alors la question du juste et de l’injuste au sein d’une société qui se veut égalitaire. Il est une égalité de droit dont il est fait état au premier article de notre Constitution, et une égalité de fait qui reste conquérir. Voilà l’ambition que porte ce dispositif, qualifié injuste par certains, mais qui participera certainement à un rééquilibrage dont notre société a grand besoin.

 Bien à vous,

Les Filles de Serendip.

 

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[1] Données INSEE, « Marseille Provence Métropole : Précarité, vieillissement, déplacements… de nombreux défis à relever », Analyse, n°13, novembre 2011.

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